Dire qu'y'en a qui paient pour ça !!!

Site de plongée: 

Avant dernière plongée du séjour. Nos guides et interprètes nous proposent d'aller voir un nouveau site mais, arrivés sur place, nous nous souvenons de l'endroit. La petite maison de pompage devant laquelle nous passons est restée dans nos mémoires. L'escalier d'accès à l'eau qui nous avait rebutés lors de notre voyage précédent est rendu extrêmement glissant par la pluie qui vient de s'arrêter de tomber. C'est en pensant à ce danger, alors que la marche suivante m'inspire qu'une belle glissade, que mon pied gauche décide d'obéir à la boue plutôt qu'à mes réflexes. J'ai vu venir la chute moins vite qu'elle n'est arrivée. Ma cuisse a cogné fort sur l'angle de la marche au bas de laquelle descend un talus herbeux et boueux, m'assénant un effet béquille du genre de celles que l'on prenait plaisir à donner aux copains dans la cour de l'école, mais qui faisaient si mal quand ils nous les rendaient. C’est ma troisième chute du séjour ; Kelly commence à s'habituer et emble bien moins inquiète que la première fois lorsqu'elle me voit me relever et lui répondre que tout va bien. Nous installerons tout de même une main courante sur cette partie, car en chutant ainsi, tout équipé tout à l'heure, je pourrais casser du matériel et gâcher la plongée.
Redoublant de prudence en descendant vers l'eau, puis en remontant pour m'équiper, je jauge la douleur de ma cuisse ; ça ira. Ce trou n'avait inspiré aucun des cinq plongeurs du précédent voyage. La difficulté de son accès, bien sûr, un peu, mais aussi une sorte d'instinct qui fait sentir avec plus ou moins de bonheur, que l'on trouvera une suite, l'entrée d'une belle galerie, le départ d'une belle exploration. Cette fois là, nous nous étions dit : « non, ça doit queuter à vingt mètres, allons voir ailleurs ».
Aujourd'hui, nos impressions sont différentes ; l'ambiance, la lumière du jour, le niveau de l'eau, sa couleur, nous ne sommes que deux à choisir, seuls Kelly, Lisa et Mr Wu nous accompagnent, les villageois sont joviaux, vas donc savoir ce qui nous décide...
Nous palmons en surface vers l'autre extrémité de la vasque, chacun équipé de trois bouteilles. La surface de l'eau se trouve environ vingt mètres plus bas que le sommet des deux falaises qui forment cette grande diaclase, dont les parois se resserrent trente mètre plus loin, à l'opposé de l'escalier, jusqu'à se rejoindre pour former une arche. Nous franchissons cette arche et découvrons un petit basin, duquel, comme du fond d'un puits, nous admirons la lumière du jour filtrée par la végétation. Le tuyau de pompage descend, bien vertical, au centre de ce puits naturel. Au moins, nous voilà un bon amarrage pour le fil. La pompe se trouve à dix sept mètres sous la surface. Nous apercevons les parois dans cette eau légèrement laiteuse, à peine troublée par les quelques particules malmenées en attachant le fil.
Descente verticale jusque vers trente mètres, sans rien voir d'autre que les parois qui se rejoignent en un vé, au fond duquel s'accumulent de l'argile et quelques débris végétaux. La pente de ce talus semble parfois s'adoucir, mais forme très vite un surplomb auquel succède le talus suivant. Yves est tout près ; j'entends son détendeur lui donner l'air qu'il demande à un rythme rassurant. Vers quarante mètres, les parois s'élargissent. La pointe qu'elles formaient en se rejoignant s'arrondit et, au grès des surplombs que je franchis et des amarrages du fil que je trouve assez facilement, je vois de moins en moins de dépôts. J'ai respiré un peu plus du tiers de mon relais, mes ordinateur me donnent encore quelques minutes de plongée sans palier, il reste environ cinquante mètres de fil sur mon dévidoir. Pour l'instant, tout se passe comme lors d'une plongée d'entrainement en carrière. Nous sommes proches de la profondeur limite que nous nous sommes implicitement fixée et je sais qu'Yves ne tardera plus à me faire savoir qu'il remonte. pourtant, quelque chose me dit qu'une entrée est proche ; les parois qui changent, s'élargissent, s'éclaircissent, qui semblent doucement se creuser en direction de la colline qui ponctue la fin de la vasque, et, sur ma droite, vers le fond, cette couleur profonde de l'eau qui, dans les faisceau de mes lampes, donne cette impression que c'est bien par là qu'il faut aller, que c'est maintenant qu'il faut lâcher la méthode pour suivre son instinct. Je me retourne et vois les lampes d'Yves, tout va bien, je poursuis. Quarante cinq mètres, cette fois, j'attache le fil au dessus de moi, même si je ne peux pas encore dire qu'il s'agit d'un plafond. Mais, là, la roche ne retient plus les dépôts sédimentaires ou argileux, et je ne vois plus de particules tomber devant moi; c'est là, c'est sûr. J'entends toujours Yves respirer, aucun palier encore annoncé par mes instruments, je respire maintenant sur mon bi dorsal. Oui, c'est bien là. Au gré d'un grand rayon, entre quarante cinq et cinquante et un mètres sous l'eau, la paroi verticale devient un plafond presque horizontal. Je n'entends plus le détendeur d'Yves qui a du s'en retourner. J'amarre le fil pour la dernière fois aujourd'hui et le coupe. Je prends les quelques secondes qu'il faut pour bien ranger mon dévidoir et mes ciseaux, demi tour, je remonte. Un coup d'œil sur mes instruments, petit test de mémoire pour apprécier mon niveau de narcose ; je replace bien les paramètres mémorisés sur chaque ordinateur et manomètre. Hum ! Gaffe quand même, c'est vicieux la narcose. Temps total de remontée imposé de trente trois minutes, il me reste un peu plus de cinq mille litres d'air pour ça, et aucune difficulté de franchissement sur le retour. Les paliers profonds donnent aussi le temps de ces calculs et estimations qui peuvent tout autant rassurer qu'angoisser. La première minute de ces arrêts passe ainsi très vite à compter, contrôler ses instruments, s’assurer une bonne stabilité, et curieusement, la deuxième minute semble bien, à elle seule, en durer deux, si concentré qu’on soit à n’attendre que sa fin.
Dans la zone des vingt mètres j'aperçois le vert translucide de la surface et aussi les lumières d'Yves qui doit subir son dernier palier. Lorsque je le rejoins, nous profitons des longues minutes de décompression restantes pour explorer une faille, sait-on jamais... Puis nous nous dirigeons tranquillement vers la sortie, explorons la paroi, saluons quelques poissons que nous ne savons pas identifier. Et pour cause; nous ne parlons pas chinois. Nous finissons par rejoindre le talus qui prolonge l'escalier d'accès à l'eau et y découvrons mains déchets. Autant des vêtements perdus par les lavandières que des pièces de vaisselle parfois intactes, ou encore des bouteilles vides, des pièces métalliques, des pièges à poissons... Pour autant, tout ça parait bien plus un collecteur d'objets perdus qu'un dépôt sauvage d'ordures. Le rêve de tout plongeur nous est offert en sortant : Nos deux interprètes asiatique nous attendent, souriantes, et curieuses de connaitre l'histoire de cette plongée. La météo du jour et leur éducation les ont vêtues chaudement mais la gentillesse lisible dans leurs regards vaut largement plus que tous les soleils caribéens.
Cet endroit propose une très belle plongée et mérite encore de l'exploration. Nous reviendrons avec d'autres moyens d'aller plus loin.

Profondeur max: 
51m
Durée (minutes): 
63
Date: 
Mardi, 6 Mars, 2012
Fil déroulé (en mètres): 
70mètres
Plongeur: 
Autres plongeurs: 
Photos: